Aide-mémoire du restaurateur
Les chiffres et le déroulé, sans avoir à les chercher
Températures par denrée, délais de refroidissement, fréquences d'autocontrôle, grille Alim'confiance, et ce que l'inspecteur demande à voir dans l'ordre. Uniquement des valeurs vérifiées au texte — quand un chiffre circule sans base légale, c'est dit.
Les chiffres à connaître par cœur
La question qu'on nous pose le plus : « c'est +2 ou +4 ? » La réponse est : ça dépend du produit et du stade. L'annexe I de l'arrêté du 21 décembre 2009 fixe un seuil par denrée. Mais dans un restaurant, pour ce que vous fabriquez sur place et servez au client, le seuil qui vous concerne est +4 °C. Les valeurs plus strictes ci-dessous s'appliquent aux produits que vous recevez et stockez.
Températures maximales par denrée
| Denrée | Seuil | Pourquoi |
|---|---|---|
| Viandes hachées réfrigérées | +2 °C | Grande surface au contact de l'air = multiplication rapide. |
| Produits de la pêche frais | +2 °C | Température de la glace fondante. |
| Viandes de volaille et de gibier | +4 °C | Risque Salmonella / Campylobacter. |
| Viandes d'ongulés domestiques découpées | +4 °C | Bœuf, porc, agneau en morceaux ou portions. |
| Carcasses entières d'ongulés domestiques | +7 °C | Seuil plus permissif : rapport surface/masse faible. |
| Lait cru | +4 °C | Hors lait traité thermiquement. |
| Denrées très périssables non préemballées, fabriquées sur place | +4 °C | C'est LE seuil du restaurant (stade de la remise directe). |
| Denrées congelées (hors surgelés) | -12 °C | Congélation simple. |
| Surgelés, glaces, viandes hachées congelées | -18 °C | Aucune tolérance à la hausse en stockage. |
| Plats maintenus ou livrés chauds | +63 °C | Seuil minimum, de la fin de cuisson au service. |
Les délais qui comptent
| Opération | Règle | Ce que ça implique |
|---|---|---|
| Refroidissement d'un plat chaud | De +63 °C à +10 °C en moins de 2 h | Au-delà, le produit est détruit. C'est la règle qui impose une cellule dès qu'on cuisine à l'avance. |
| Remise en température | +63 °C à cœur en moins d'1 h | Une remise en température lente au bain-marie ne passe pas. |
| DLC secondaire après ouverture | 3 jours (J+3) en général | Sauf indication plus courte du fabricant. Le jour d'ouverture compte comme J0. |
| Tolérance chargement / déchargement | +3 °C au-dessus du seuil | Prévue par l'arrêté, mais uniquement pendant la manutention — pas en stockage. |
Fréquences d'autocontrôle
Ici, il faut être honnête : aucun texte ne fixe un nombre de relevés par jour. Méfiez-vous des sites qui affirment le contraire. Le règlement CE 852/2004 impose une surveillance « adaptée », et c'est à vous de la justifier dans votre PMS. L'usage professionnel, repris par la plupart des GBPH, s'est stabilisé sur :
- 2 relevés par jour et par enceinte froide — un à l'ouverture, un en fin de service.
- 1 relevé à chaque livraison — température à cœur ou en surface du colis, avant de signer le bon.
- 1 relevé par cycle de refroidissement — sinon vous ne pouvez pas prouver les 2 h.
- Nettoyage : visa à chaque passage, selon la fréquence que VOUS avez fixée dans votre plan.
- Huiles de friture : contrôle des composés polaires (seuil 25 %), fréquence selon usage.
Températures et délais : annexe I de l'arrêté du 21 décembre 2009, consultable sur Légifrance. Nous n'affichons ici que les valeurs que nous avons vérifiées dans le texte ; les seuils d'autres catégories (abats, préparations élaborées à l'avance) figurent au texte intégral.
Ce que vous risquez vraiment (et qui contrôle)
Les contrôles sont menés par les inspecteurs de la DDPP, sous l'autorité de la DGAL (ministère de l'Agriculture). Depuis 2017, le résultat est public sur Alim'confiance, classé selon quatre niveaux.
La grille Alim'confiance
L'échelle des suites, du plus léger au plus lourd
- 1Avertissement. Rappel à la réglementation pour des écarts mineurs, sans délai formel.
- 2Mise en demeure. Non-conformités significatives : un délai (souvent 1 à 3 mois) est fixé, suivi d'un contrôle de suite.
- 3Procès-verbal. Infractions caractérisées (produits périmés servis, pas de formation, températures non maîtrisées) : amende de 450 à 1 500 € par infraction.
- 4Fermeture administrative. Danger grave et immédiat (nuisibles, insalubrité manifeste) : le préfet ferme jusqu'à remise en conformité.
Bonne nouvelle : refuser l'accès à un inspecteur est un délit (art. L.512-14 du Code de la consommation), mais une inspection bien préparée se solde le plus souvent par « satisfaisant ». Voir notre guide du contrôle DDPP.
Ce que l'inspecteur demande à voir, dans l'ordre
Une visite DDPP est inopinée et suit à peu près toujours la même mécanique. La connaître enlève 80 % du stress : vous savez ce qui arrive et dans quel ordre.
- 1Sa carte professionnelle et l'objet de la visite. Il se présente et annonce le cadre (contrôle de routine, suite de plainte, contrôle de suite). Vous pouvez noter son nom et son service.
- 2Le PMS, tout de suite. Le premier document réclamé, presque sans exception. S'il n'existe pas, le reste de la visite se durcit immédiatement.
- 3L'attestation de formation hygiène. Le justificatif des 14 h pour la personne désignée, ou la preuve de la dispense (diplôme, 3 ans d'expérience en gestion).
- 4Les relevés de températures des dernières semaines. Il regarde s'ils sont remplis, datés, continus. Des cases vides ou une écriture identique sur 3 mois se repèrent en 10 secondes.
- 5La visite de la cuisine, thermomètre en main. Il mesure lui-même : chambre froide, frigos, vitrine, maintien au chaud. Il compare à ce que vos relevés annoncent.
- 6Les DLC et l'étiquetage des produits ouverts. Ouverture des frigos, contrôle des dates, des produits entamés non étiquetés, des DLC secondaires.
- 7La traçabilité : bons de livraison et lots. Il choisit un produit au hasard et vous demande d'où il vient. C'est le test « une étape en amont ».
- 8Le plan de nettoyage et ses visas. Affiché, mais surtout rempli. Un plan jamais visé est traité comme un plan absent.
- 9Les actions correctives. La question qui départage : « qu'avez-vous fait la dernière fois qu'un frigo est monté ? » Il veut la trace écrite, pas le souvenir.
- 10Le rapport et vos observations. Il conclut, liste les écarts et vous laisse consigner vos remarques. Lisez avant de signer.
Le motif d'écart le plus fréquent n'est pas la saleté. C'est l'absence de trace : le restaurateur fait les choses correctement mais ne les écrit nulle part. Aux yeux du contrôle, ce qui n'est pas enregistré n'a pas eu lieu. Tout le reste de cette page découle de ça. Notre guide complet du contrôle DDPP détaille chaque point.
Selon votre type d'établissement
Les obligations de base sont les mêmes pour tous, mais le Guide de Bonnes Pratiques d'Hygiène (GBPH) applicable et les points sensibles changent. La plupart des sites s'arrêtent au « restaurant » — voici les cas réels.
Restaurant traditionnel
Le guide de référence, validé par les pouvoirs publics. Il couvre le service à l'assiette classique : réception, stockage, préparation, cuisson, service.
Food truck / restauration nomade
Pas de guide dédié validé : on applique le GBPH restaurateur, avec en plus la maîtrise de l'eau embarquée, du groupe froid en roulage et la déclaration de l'emplacement.
Dark kitchen / cuisine de livraison
Mêmes règles qu'un restaurant, mais le point sensible se déplace sur la livraison : température maintenue jusqu'au client et DLC secondaire des préparations.
Boulangerie-pâtisserie
Guides propres à la filière (crèmes pâtissières, chaîne du froid des entremets, allergènes majeurs). La cuisson et les produits laitiers sont les points critiques.
Bar / débit de boissons avec restauration
Servir des planches, des tapas ou du snacking suffit à faire entrer le bar dans le champ du paquet hygiène : formation, PMS et températures s'appliquent.
Les GBPH sont des guides validés par les pouvoirs publics ; leur application vaut présomption de conformité. Voir aussi notre guide HACCP en boulangerie.
Êtes-vous conforme ? Répondez à 9 questions
Neuf points repris de la grille que l'inspecteur utilise réellement. Vous obtenez un score, un équivalent « Alim'confiance » et un plan d'action ciblé sur ce qui vous manque. Rien n'est envoyé : tout se calcule dans votre navigateur.
1.Votre Plan de Maîtrise Sanitaire (PMS) est-il rédigé, complet et adapté à votre établissement ?
2.Au moins une personne de l'équipe a-t-elle suivi la formation hygiène de 14 h (arrêté du 5 octobre 2011) ?
3.Relevez-vous les températures de vos enceintes froides et chaudes chaque jour, avec une trace écrite ?
4.Avez-vous un plan de nettoyage-désinfection affiché et suivi (zones, fréquences, produits, responsables) ?
5.Contrôlez-vous chaque livraison (température, DLC, emballage, marque de salubrité) avec un enregistrement ?
6.Conservez-vous vos bons de livraison et pouvez-vous identifier l'origine de chaque produit servi ?
7.Étiquetez-vous vos produits ouverts ou déconditionnés avec une DLC secondaire ?
8.Pouvez-vous informer un client sur les 14 allergènes présents dans chacun de vos plats ?
9.Disposez-vous d'un contrat de dératisation-désinsectisation ou d'un plan de lutte contre les nuisibles ?
Ces chiffres ne valent que s'ils sont enregistrés
Un seuil connu et jamais relevé ne prouve rien en contrôle. L'application enregistre chaque relevé, daté et signé, et refuse un écart sans action corrective.